Le Cachot dans le terre






土 籠御書



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 Cette lettre a été écrite le 9 du dixième mois huitième année Buneï (1271) et adressée au disciple Nichiro. Elle doit être examinée à la lumière des évènements d’alors qui constituent l’une des plus graves persécutions que subit Nichiren. Pour reprendre le cours des évènements, depuis qu'en 1260 Nichiren avait adressé le Traité sur la pacification du pays et l’établissement de l’orthodoxie à Hojo Tokiyori, quelques membres du gouvernement militaire ainsi que des dignitaires bouddhistes influents nourrissaient un certain antagonisme à son égard. Les choses ne devaient pas s’arranger, attisées par la menace d’une invasion mongole.





 En effet, nous sommes à la période de l’expansion de l’empire mongol du Khan Kublai. Il a déjà établi sa domination sur l’ensemble des tribus mongoles, conquis le nord de la Chine et la Corée. En 1264 la capitale est transférée de Karakorum à Yenjing (Pékin). Ce fait montre bien les visées expansionnistes de cet empire, probablement le plus vaste que nous connaissions. Rien ne semble arrêter la plus puissante armée mongole. En 1268 un émissaire de l’empire mongol apporte un message aux autorités japonaises leur demandant de devenir vassaux du Khan (Cf. Nichiren et la menace mongole).






 Nichiren dans son Traité sur la pacification du pays et l’établissement de l’orthodoxie avait prédit, huit ans auparavant, que si l’on ne se rangeait pas à ses arguments, le pays souffrirait de troubles intérieurs et de l’attaque d’une puissance étrangère. Il faut souligner que de par sa position d’île, le Japon dans les temps anciens n’avait pas eu à subir d’invasion.






 De plus, Nichiren s’était attiré la haine de Ryokan un moine influent d’alors, notamment après l’affaire des prières pour la pluie. Durant l’été 1271, une terrible sécheresse s’était abattue sur le Japon laissant craindre une famine de grande ampleur. Comme cela se faisait alors, les autorités avaient demandé à certains moines de prier pour la pluie. Ryokan fit de nombreuses prières qui n’amenèrent pas la pluie. Nichiren se moqua de lui et lui écrivit que, si en sept jours il amenait la pluie, il deviendrait son disciple. Mais Ryokan ne parvint pas à faire pleuvoir. Il en fut probablement vexé et suite à ses menées, une instruction fut ouverte à l’encontre de Nichiren. Il lui était reproché la destruction de statues bouddhiques et la préparation d’une insurrection.






  Lors de la comparution, Nichiren s’attire la haine d’un officiel de haut rang Hei no Yoritsuna, par les critiques répétées à propos du culte d’Amita ainsi que par la source de désordres imprévisibles que Nichiren constitue et qui ne peuvent que nuire à la carrière très ambitieuse que mène cet officiel. De plus, peu après, probablement dans l'espoir de le convaincre à ses arguments, Nichiren lui fait porter une copie de son Traité sur la pacification du pays et l’établissement de l’orthodoxie. Mais le résultat fut inverse. Quelques jours plus tard on s’empare de lui et il semble qu’il fut condamné à l’exil mais que Hei no Yoritsuna ait décidé de le faire exécuter. Le 12 du neuvième mois, sur la plage de Tatsunokuchi, lieu de l’exécution, il réchappe par miracle, au dernier moment, à la décapitation.






 Quelques disciples, dont le destinataire de cette lettre, avaient été arrêtés et emprisonnés dans le domaine de Mitsunori, un vassal du clan Hojo. On les avait incarcérés dans une sorte de caverne ou de grotte. Pourtant les relations entre Mistunori et Nichiro devinrent bonnes, les prisonniers furent bien traités et, impressionné par les paroles et l’attitude de Nichiro, Mitsunori se convertit. Par la suite sa demeure devint un temple connu aujourd’hui sous le nom de temple Kosokuji à Kamakura où l’on peut voir encore l’entrée de la grotte de détention de Nichiro et des autres. Mitsunori fut l’un des artisans de la grâce qui allait permettre à Nichiren de revenir après trois ans d’exil.






 Cette lettre est donc écrite la veille du départ de Nichiren pour l’exil alors que certains de ses disciples sont encore emprisonnés. Il est inquiet des conditions de détention de Nichiro mais semble certain que ce dernier sera libéré.






 Maintenant, maître et disciple ont été persécutés et condamnés pour la cause du Sutra du lotus. Nichiren félicite son disciple d’avoir franchi cette épreuve, pour lui cela correspond à une lecture « physique » du Sutra.






 Cette notion d’une lecture par le corps est très importante pour comprendre ce que signifie l’adhésion au Sutra du lotus prônée par Nichiren. Comme il est dit dans cette lettre, certains lisent par la bouche, d’autres comprennent le sens mais le plus difficile est de lire avec son propre corps, c’est-à-dire de faire l’expérience dans sa vie des phrases du Sutra du lotus.






 Dans d’autres écrits sur ce sujet, il précise que la pratique correcte du Sutra du lotus consiste, comme il est dit dans ce sutra, à « recevoir et garder (受持, juji)». Cette notion est fondamentale dans l’attitude religieuse des courants liés au Sutra du lotus. Recevoir signifie apprendre et accepter les enseignements contenus dans le Sutra et garder signifie les faire vivre à l’intérieur de soi, mener une réflexion pour y confronter le cours de sa vie et, bien sûr, ne pas abandonner. Nichiren tout au long de sa vie a analysé les conditions et les évènements à la lumière du Sutra du lotus. Notamment dans le Traité qui ouvre les yeux (Kaïmoku sho), nombreux sont les passages où, citant les prophéties du Sutra du lotus se rapportant aux épreuves de ceux qui croiront dans ce sutra et le propageront, il signale que cela concerne en premier lieu sa propre personne. Qu’il s’agisse des réactions de mépris, de haine ou d’envie, de la confrontation à la pauvreté, des persécutions des dirigeants, de l’exil, c’est son propre destin qui est décrit. Selon la formule qu’il emploie, cela se rapporte à sa personne ou, au mot à mot, « c’est de mon corps (ou de ma personne) qu’il s’agit (yo ga mi nari) » C’est également, comme il en témoigne, ce qui le remplit de joie.






 Tout au long de sa vie Nichiren a analysé les évènements à la lumière ses enseignements du Lotus. Cette pensée a également suivi un cours réflexif en ce sens où s’il constate dans les évènements qui lui arrivent ce qu’avait prédit le Sutra, à l’inverse, sa propre destinée corrobore le texte du Sutra. Par une sorte de renversement de situation, cette expérience devient elle-même la clef de voûte de la validité du Sutra. Il l’exprime dans plusieurs écrits, notamment dans une lettre à Toki Jonin, le Shingon sho shu imoku : « Le Bouddha l’a prédit, dans les cinq cents dernières années, le pratiquant du Sutra du lotus sera en butte aux calomnies et médisances d’hommes dénués de sagesse, il subira le sabre et le bâton, les pierres et les tuiles, il sera condamné à l’exil et la peine capitale. S’il n’y avait Nichiren, ces prophéties de Shakyamuni, Maints Trésors et des bouddhas des dix directions ne seraient que grands mensonges » ( Showa teïhon p 639).



 Les cours qu’il donna à la fin de sa vie sur le Sutra du lotus et qui ont été consignés par son disciple Nikko dans le Ongi kuden (Transmission orale des significations) nous montrent un raisonnement quelque peu similaire. Dans ces cours, il prend dans chaque chapitre du Sutra quelques phrases ou le titre du chapitre qui seront commentés. Après avoir défini les termes cités, il termine presque à chaque fois en disant « Maintenant, que Nichiren et les siens récitent Namu Myohorenguékyo, c’est... » et il reprend tout ou partie de la phrase du Sutra commentée. C’est un autre exemple de cette lecture « physique » du Sutra qui se veut une sorte d’actualisation plus que d’exégèse.






 Du coup, cette lecture « corporelle » du Sutra du lotus devient une forme de pratique religieuse, en ce sens où les évènements de sa propre vie et de son environnement sont interprétés à la lumière de phrases du Sutra qui, elles, sont lues en rapport avec l’expérience du vécu.






 Nichiren félicite donc son disciple qui a pu lire avec son corps le Sutra du lotus, c’est-à-dire, ici, qui a souffert pour la cause du Sutra et qui n’a pas abandonné. Inquiet de son sort, il veut également le rassurer en citant un passage réconfortant du chapitre la Pratique commode. Dans ce passage comme dans d’autres il témoigne de la sollicitude qu’il ressent à l’égard de ses disciples.








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