Kumarajiva le traducteur du Lotus











   Kumarajiva est originaire de Kucha, (actuellement province du Xinjiang en Chine), cité oasis du nord de la Route de la soie près du désert du Takla-Makan. Son père est issu d’une famille de brahmanes et sa mère est une princesse koutchéenne. Il connaît donc très tôt le sanskrit et le koutchéen (également langue indo-européenne).

 Sa mère décide d'embrasser la vie religieuse et devient nonne. Elle amène avec elle son enfant pour vivre dans le monastère. Kumarajiva a sept ans et manifeste pour l’étude des textes un intérêt exceptionnel. Avec sa mère, il part pour le Cachemire étudier le Petit Véhicule.

  De retour dans le Xinjiang, il est initié aux doctrines du Grand Véhicule. Il continue d’étudier avec ferveur y compris les enseignements traditionnels de l’Inde. Il est ordonné dans la tradition du Grand Véhicule et convainc même son ancien maître du Cachemire de la supériorité de cette doctrine.

  Sa réputation gagne la Chine. Lors de la prise de Kucha en 382 et il est emmené en Chine. Mais l’état de désordre dans lequel était plongée cet empire fait qu’il doit rester dix-sept ans à Liangzhou. Nous sommes à une époque de démembrement de l’empire chinois. La dynastie régnante les Jin orientaux (317 – 420) ne contrôle plus tout le nord du pays où pas moins de seize royaumes, en général d’origine non chinoise, se créent. C’est le roi de l’un de ces royaumes, celui des Qin postérieurs (dynastie éphémère : 384 – 417) qui fait amener Kumarajiva dans sa capitale de Chang an en 401 et l’accueille.

  Durant environ douze ans il dirige une équipe importante de moines et de lettrés à la tête de laquelle il accomplit un travail de traductions des textes fondateurs du Grand Véhicule parmi lesquels bien sûr sa célèbre traduction du Lotus (406) mais aussi les traités du Madhyamika ainsi que nombre de sutra dont Vimalakirti ou le Diamant. Il enseigne également et forme de nombreux disciples qui se disperseront à sa mort et auront une influence sur le développement du bouddhisme chinois (cf. Le bouddhisme en Chine au VIe siècle). L’école des Trois Traités remonterait jusqu’à lui. Selon la tradition, le roi des Jin l’aurait poussé à avoir des concubines et une descendance, ce qui à l’époque n’était pas acceptable pour le clergé bouddhique. Lors de la crémation de son corps, sa langue serait restée intacte, preuve de la vérité de son enseignement.

  L’influence et la qualité des travaux de Kumarajiva et de son équipe ont été considérables non seulement sur l’évolution du bouddhisme chinois mais aussi sur sa diffusion dans tout l’Extrême-Orient. Par sa connaissance de la philosophie et de la mystique bouddhiques, il a permis de définir les concepts et de trouver les termes chinois qui ont ensuite fixés ces notions jusqu’à nos jours. Cette précision dans le choix des idéogrammes s’accompagne d’une réelle beauté de l’écriture et d’une expression artistique et poétique remarquable (par exemple, dans le titre du Sutra du lotus, la traduction du sanskrit sad (सत्, juste, correct) par miao (妙, merveilleux, profond, subtil). Sur ce thème voir aussi le dernier paragraphe du commentaire de la Réponse à dame Onichi.